10 livres pour courir plus loin

Si une chanson vous fera accélérer sur 50m et un podcast vous donnera l’impression d’être plus intelligent 30s, un livre audio vous fera vraiment courir. 

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S’il faudra plus d’une sortie pour venir à bout de cet incontournable (ou alors une très très longue), le jeu en vaut clairement le chandelle. Étrange et délicat patchwork que cet ouvrage, mélange de journal d’entrainement, de souvenirs de courses et mémoire. Murakami se considère tout autant coureur qu’auteur, lui qui a commencé à courir sérieusement à 33 ans, en 1982, parcourt 10 km par jour, six jours par semaine et compte plus de 20 marathons à son palmarès (ainsi qu’un ultra). Son récit donne tout autant envie de le suivre que de vivre ses propres aventures; intensément.
On ne présente plus Agatha Christie, la « Reine du crime ». De fait, Dix petits nègres est son roman le plus distribué, ce qui en fait le policier le plus vendu de l’histoire. Le pitch est aussi simple qu’efficace : dix personnes sans aucun lien apparent se retrouvent sur une île et meurt les uns après les autres. Un suspens à couper le souffle, parfait lorsqu’on est un peu trop facile niveau jambes. Possibilité également d’utiliser les morts comme repère de course, plutôt que les kilomètres ou les minutes.
Non, pas celui où on découvre les Tarahumara et l’envie de courir pied nus. Là on parle du « Boss » qui chante « Come on with me, tramps like us, baby we were born to run ». Une autobiographie haletante dans laquelle Bruce Springsteen se raconte en long, en large, et surtout en travers. S’ils sont nombreux, on ne peut nier que les chemins de traverse sont plus attirants, surtout lorsqu’ils se situent dans le New Jersey.

Non, pas celui où on découvre les Tarahumara et l’envie de courir pied nus. Ici, Christopher McDougall s’intéresse à un passage méconnu de la Seconde Guerre mondiale, l’enlèvement d’un général allemand en pleine Crète occupée. Comme lors de son précédent bouquin, il en tire une réflexion globale sur le sport (et la vie), en passant par les techniques d’entrainement et la nutrition, avec un concept fort : le héros. Mi roman d’aventure, mi manuel de vie, idéal pour se perdre et mieux revenir.

Le récit d’une routine, d’un train-train, d’une vie comme les autres, et finalement pas tout à fait. Parce que parfois la grande Histoire rattrape la petite. Dans son premier livre, Gaël Faye, Goncourt des Lycéens 2016, raconte la douceur d’une époque et sa fin brutale. Et en plus, c’est lui qui lit. De quoi sentir le goût des mangues et l’odeur de la citronnelle, perdu quelque part sur le trottoir. Le run échappatoire et méditatif par excellence.
Ne l’oublions jamais : la vérité est ailleurs. Sans oublier le fait que les agents du FBI courent particulièrement bien. Pour ceux qui trouvent les livres audio un peu planplan, Les nouvelles affaires non classées vous font basculer dans une autre dimension. Il s’agit en effet jouée par plusieurs comédiens et enrichie par des effets sonores. De quoi se prendre pour Scully ou Mulder et se rêver à déjouer une énième conspiration potentiellement extraterrestre. Attention : le risque de passer pour un fou en se planquant dans les halls d’immeuble ou en suivant une voiture est particulièrement élevé.
Souvent lorsqu’on court, on a tendance à penser à ce que l’on va bien pouvoir manger après, ou inversement, à ce que l’on a mangé avant. C’est là qu’intervient Le Charme discret de l’intestin, afin de savoir comment traiter de la meilleure des manières son « deuxième cerveau ». Histoire d’être aussi net à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Et si on pouvait payer tranquillement et facilement sur Internet ? Et si les voitures conduisaient toutes seules ? ET SI ON POUVAIT ALLER SUR MARS ? Elon Musk rêve plus loin et plus fort, et nous emmène dans sa vision d’un futur plus conforme aux films de SF. Cette biographie de haut vol devrait pousser même les plus terre-à-terre à décoller.
Alors que la dernière adaptation cinématographique s’avère que plus que pataude, pourquoi ne pas (re)visiter la prose du seul double Goncourt de l’histoire ? Après tout, La promesse de l’aube est le titre idéal pour une sortie matinale. L’occasion de courir après son destin et d’échapper à l’ombre de cette mère envahissante et trop talentueuse. « Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. » Depuis, on court.
C’est à peu près prouvé par la science et par Hollywood : on court plus vite lorsqu’on a peur. Pourquoi alors ne pas flipper en continu ? Pour cela, il suffit de s’adresser au maitre de l’horreur, Stephen King, et de s’attaquer à Ça. Un peu d’identification et on se retrouve poursuivi par un clown tueur. Bien plus utile qu’Eye of the Tiger pour battre son PR.

Avec l’offre Audible, vous allez pouvoir essayer gratuitement deux livres de cette liste (ou d’autres). De quoi se faire une idée sans risque.

PETIT LEXIQUE DU COUREUR FRANCAIS

Détente

Petit lexique du coureur français

Langue riche s’il en est, le français a semé quelques trésors linguistiques dans le domaine de la course. Retour sur les origines de ces morales, allégories ou autres locutions. 

Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Sûrement la plus connue de toutes, signée de La Fontaine dans sa fable Le Lièvre et la Tortue. L’histoire est bien connue : le longues oreilles, trop sûr de sa vitesse, se repose et vaque à moult occupations avant de se ruer jusqu’à la ligne d’arrivée. En vain, il termine second derrière son adversaire reptilien. Le dicton invite donc celui qui l’entend à ne pas procrastiner afin éviter d’avoir à se précipiter. Sinon, il y a la version Coluche : « dans les manifs, rien ne sert de partir à point, il faut courir. »
Application : Dennis Kimetto, c’est le lièvre ou la tortue ?

Courir deux lièvres à la fois

Si le nombre de lièvres n’est pas une constante fondamentale, plus celui-ci est grand plus l’expression tend à aggraver son sens. Il faut charger le fusil, enfiler le paletot de chasse et remonter aux premières décennies du XVIIe siècle pour trouver la première trace de l’adage. Au milieu des fourrés, le chasseur – qu’il soit bon ou mauvais – peut parfois se trouver face à deux proies levées et être tenté de faire coup double. Malheureusement, le risque de n’en tirer aucun étant élevé, il lui était conseillé de ne pas succomber à la tentation pour assurer la tache de base. Dans l’ère moderne l’expression s’est élargie à tous les contextes, notamment dans le domaine amoureux. Sinon, au Zimbabwe, on dit que l’éléphant ne peut pas courir et se gratter les fesses en même temps.
Application : Bien choisir son pacer.

Courir le guilledou

Ou courir la galipette outre-Atlantique. Tout comme courir la prétentaine, courir la gueuse et aujourd’hui courir les jupons, la locution est une traduction de la recherche active de multiples conquêtes lascives. L’utilisation du mot guilledou ne se fait dans aucun autre contexte que celui-ci puisqu’il est une fusion des mots guildron et guildrou, désignant respectivement une aventure et un lieu malfamé. Jusqu’au XVIIe siècle, les mots commençant par guil- véhiculent une idée sexuellement malhonnête ; ils tirent généralement leur étymologie du mot guiller (ou tromper).
Application : Dédicace à tous les Guillaume qui « courent ».

Il court, il court le furet…

À défaut d’être une expression, le furet du bois joli n’en demeure pas moins entêtant. La singularité de ces paroles réside dans le fait qu’elles parlent en réalité – par le biais d’une contrepèterie – d’un curé déviant du droit chemin pour fourrer à tout-va, le bien-nommé Guillaume Dubois. Ledit religieux, cardinal de Philippe d’Orléans sous l’Ancien Régime et libertin reconnu, fait l’objet d’une attaque anticléricale camouflée puisque toute critique ouverte à l’époque menait droit aux geôles de la Bastille.
Application : Guillaume court toujours.

Courir sur le mont

Contrepèterie. Et une mauvaise en plus.

Courir comme un dératé

Ici, on se plonge en quelques sortes dans les prémices du dopage, par le biais d’une ablation de la rate. Longtemps considérée comme source du point de côté chez les athlètes, il était régulièrement envisagé vers 1750 de la retirer, faisant d’eux des « dératés ». Il était d’ailleurs constaté au milieu du XVIe siècle que dans les courses de lévriers, les sujets démunis de rate étaient les premiers à franchir la ligne d’arrivée. À ce jour, la seule à courir comme une vraie dératée est la marathonienne italienne Valeria Straneo, opérée pour sphérocytose. Son record est de 2h23min44s contre 2h41min15s avec rate.
Application : Toujours mieux que de courir comme un raté.

Courir sur le haricot 

Pas de lien avec Jack. La présente locution est une nouvelle fois l’association de deux expressions distinctes de trois siècles (XVIe et XIXe) : courir quelqu’un et haricoter. La première revient à qualifier une personne de gonflante et la seconde… également. Le fait de compiler les deux représente donc le summum de l’énervement d’antan, l’apogée de l’exaspération, le brisage de bollocks politiquement correct. Et pourquoi sur le haricot ? Parce que celui-ci était le terme argotique pour orteil.
Application : Parfaitement adapté aux sas de départ bondés.

Courir à fond de train

Un énième adage pour exprimer le besoin de tracer une bonne pointe. Il n’y est pas question de locomotive ou du dernier wagon qui la suit mais plutôt de chevaux. Sans lien avec la croupe, le train est ici l’allure du canasson poussée à fond.
Application : À ne pas confondre avec « courir après son train », hélas trop souvent utilisé.

Par : Arnaud Blanc