Immersion chez ces écolo-motivés, qui vont au boulot en courant

Auteur Julie Maury 

Entre bouchons sans fin et transports en commun bondés, au bureau, certains s’y rendent à reculons. D’autres, face à ce bon vieil adage « métro, boulot, dodo », ont décidé de casser la monotonie et préfèrent le trot au métro. Et si on allait plutôt au travail en courant ?

Dans une époque où domine le dépassement de soi allié au sens de la performance, la course à pied est passée en peu d’années de « sport du dimanche » à véritable obsession nationale. Et quand il s’agit de parcourir les kilomètres qui séparent son chez soi du lieu de travail au pas de course, en jogging, sac au dos et pourquoi pas bandeau sur le front, cette pratique a un nom : le run commuting.

La première édition du festival Autonomy en est l’écho certain. Ce festival parisien de mobilité urbaine qui se tiendra du 7 au 9 octobre à la Vilette, a pour ambition d’accélérer la transition du « tout-voiture » vers des moyens de déplacement alternatifs comme les navettes électriques sans chauffeur et intelligentes, les motos, vélos et skates électriques…

« Le souci avec ces nouveaux moyens de locomotion, c’est qu’ils coûtent cher. Certes, moins cher qu’une voiture mais ne pouvant totalement m’en passer, c’est un budget en plus. J’ai la chance de ne pas habiter trop loin de mon travail donc je peux y aller à pied, même en courant ! » témoigne Nathalie, institutrice de 50 ans pratiquant le run commuting depuis quelques mois. « Je ne suis pas une runneuse addict. Le run commuting me permet donc de faire du sport quotidiennement et de moins polluer l’environnement avec ma voiture.»

Si le running est pour la plupart des coureurs une préoccupation d’abord physique et synonyme de bien-être, la dimension écolo commence sérieusement à accaparer les esprits, en France comme ailleurs.

Fou de course depuis ses 15 ans, le créateur du blog Running Addict Nicolas Spiess, vit désormais au Québec et alterne toute l’année entre bike et run commuting. Démarche que lui a inspiré Joan Roch, le commuter le plus célèbre du Québec et auteur du livre Ultra ordinaire : journal d’un coureur« Pour des passionnés qui pratiquent la course à pied tous les jours, se rendre au travail en courant représente pour beaucoup une motivation avant tout écologique, en plus du bien que ça fait… car le matin, ça réveille ! »

Joshua R. Woiderski, rédacteur en chef du site The Run Commuter, vit à Atlanta et run commute depuis 2008. Sportif depuis toujours, sa vie de jeune papa était difficilement compatible avec sa passion. « Entre le boulot et les biberons, je n’avais plus le temps de courir. Je me rendais déjà au travail en vélo, mais je sentais que ce n’était pas suffisant. Un beau matin j’ai troqué les pédales pour les baskets et je n’ai plus jamais cessé de courir pour aller au bureau ! » Pour lui, les premiers bénéfices du run commuting sont physiques et mentaux. « Je me sens en pleine forme, je dors mieux et je suis moins stressé. Avec le temps, j’ai découvert que le run communting me permettait également d’être davantage en osmose avec ma ville. En plein air, on observe mieux les changements citadins qu’à travers la vitre d’une voiture. Je salue les enfants qui vont à l’école et je sais quand un nouveau restaurant va ouvrir. Et quand on se sent bien dans sa ville, on a envie de la protéger. Et le meilleur moyen de le faire, c’est peut-être d’abord de préserver la qualité de son air.»

Beaucoup de coureurs passionnés interviewés dans le cadre de cet article ne pratiquent pas pour autant le run commuting. Une distance trop longue entre la maison et le lieu de travail ainsi que l’absence de douche au bureau sont les deux raisons récurrentes.

« Au début, mes collègues me regardaient bizarrement quand j’arrivais au travail en cuissard et tout transpirant. Mais j’ai ignoré ces regards et graduellement, d’autres collègues, en voyant les bienfaits de la course sur mon physique et mon moral, s’y sont mis à leur tour», raconte Joan Roch. «Évidemment, une logistique bien ficelée est à prévoir. Du sac à dos confortable pour courir aux vêtements de rechange. s’il n’y a pas de douche au bureau, une rapide toilette au lavabo et du déodorant font l’affaire, même si ce n’est pas l’idéal. Au début on oublie parfois certains habits ou chaussures de rechange. C’est à force d’expérience et de petits ajustements que tout finit par rouler ! » explique Nicolas Spiess.

Pour nos run commuters, la course va probablement se démocratiser, à l’instar du vélo. « À une époque, le vélo c’était bon pour les balades en famille le dimanche ou la compétition. Aujourd’hui, la dimension utilitaire du vélo n’est plus à démontrer, affirme Joan Roch. La course représente encore un entraînement et non un moyen de transport. Mais comme pour le vélo, ça va venir ! ».

Monsieur Jogging

Si l’homme court depuis qu’il tient sur ses deux jambes, le jogging est une pratique récente dont un drôle de personnage va planter la première graine dans les années 50, en Nouvelle-Zélande. Son nom? Arthur Lydiard, ancien rugbyman un peu enrobé, cordonnier de son état et entraîneur légendaire. Voici l’histoire de celui qui a sorti la course à pied des stades pour la mettre au service de tous ceux décidés à “jogger” pour se sentir bien dans leur corps et dans leur tête.

Bill Bowerman peine à reprendre son souffle. Il se demande s’il en a encore un, d’ailleurs. Il n’est pourtant pas si vieux. À peine la cinquantaine, certes avec les inévitables poignées d’amour qui vont avec, mais il n’a rien d’un grabataire, pense-t-il. Alors pourquoi son cœur bat si fort, si vite et ne demande qu’à exploser? Pourquoi tant de souffrance? Nous sommes en janvier 1962 et Bill Bowerman récupère tout juste du premier footing de sa vie. Il aurait dû détester, jurer de ne jamais recommencer. D’ailleurs, il l’a bien pensé quand il tentait de gravir cette foutue colline, surtout quand ce septuagénaire s’est porté à sa hauteur d’une foulée légère pour s’assurer qu’il n’allait pas défaillir. Il a pesté alors contre ce petit déjeuner trop copieux, cette vie trop sédentaire, lui « qui marchait 50 mètres les meilleurs jours ». Il a regretté d’avoir dit oui à l’invitation de ce drôle de type, mi-entraîneur, mi-cordonnier, et un peu gourou aussi. Tout ça parce qu’il a donné à la Nouvelle-Zélande ses deux premières médailles d’or en moins d’une heure de temps lors des Jeux de Rome quelques mois plus tôt. Mais mû par la curiosité et l’intuition qu’une découverte majeure l’attendait s’il sacrifiait une grasse matinée ce dimanche-là, Bill Bowerman –entraîneur d’athlétisme à succès de l’université de l’Oregon et futur cofondateur de Nike– a accepté l’invitation d’Arthur Lydiard à venir courir quelques miles à Cornwall Park, parmi les moutons, au pied de la colline One Tree Hill et sa vue imprenable sur Auckland. Quand il retrouve son confrère américain, Lydiard l’enfonce encore un peu et lui révèle qu’il a été déposé par un certain Andy Stedman, 74 ans, rescapé de trois accidents cardiaques et converti à la course à pied depuis moins d’un an. Le malheureux lance alors à Lydiard: « Je suis un coach d’athlétisme réputé et je suis incapable de suivre ce type qui manque de mourir trois fois. À partir de maintenant, il faut que je m’entraîne à courir. »  Lydiard le prend au mot. Pendant les trois semaines du séjour néo-zélandais de Bowerman, il l’emmène courir tous les matins en pleine nature à un rythme lent mais régulier. Les kilomètres augmentent à chaque sortie pour arriver à 32 le dernier jour. De retour aux États-Unis, délesté de cinq kilos, Bill Bowerman éprouve un sentiment de bien-être inédit. Avec le zèle du converti, il diffuse la bonne parole. « En Nouvelle-Zélande, les jeunes courent, les femmes courent et les vieux courent. Pourquoi ça ne serait pas pareil chez nous? »  se demande-il lors d’une interview donnée au journal local de sa ville d’Eugene. Avec Bowerman comme prophète, le jogging s’apprête à conquérir les États-Unis et, par ricochet, le monde.

Troisième ligne et réformé de guerre

Comment Arthur Lydiard, ancien rugbyman, cordonnier de métier et livreur de lait pour arrondir ses fins de mois, est-t-il devenu le père d’une révolution sportive, sanitaire et culturelle qui fédère aujourd’hui des centaines de millions de personnes dans le monde? Pour point de départ, il y a ce besoin d’un homme de 27 ans de reprendre son corps en main et de refuser l’inéluctable prise de poids qui accompagne les années. Arthur Lydiard, né en 1917, a toujours été sportif. Enfin, il pensait l’être. Le jeune homme s’essaye à la boxe, roule un peu à vélo, mais difficile d’échapper à l’appel du rugby quand on est né à quelques hectomètres de l’Eden Park, l’antre des All Blacks. Troisième ligne de petite taille mais dur au mal, il recule au poste de trois-quarts avec son équipe de l’Eden Club, et remporte même le championnat local d’Auckland. S’il n’a jamais percé au plus haut niveau dans son sport de cœur, il doit peut-être au rugby d’être encore en vie. En 1939, pendant la mi-temps d’un match qu’il dispute, tombe la nouvelle de l’entrée en guerre de la Nouvelle-Zélande. Quelques semaines plus tard, il laisse une épaule après un placage appuyé. Une blessure qui l’empêche de tenir correctement une arme et le dispense de servir sous les drapeaux. Six ans plus tard, Arthur Lydiard constatera que la moitié de ses coéquipiers et amis ne sont pas revenus du front. Mais la vie n’a pas fait que des cadeaux à celui qui est déjà marié et père de famille à 26 ans. Le sien est d’ailleurs connu pour avoir l’alcool mauvais et la main lourde. « Lui échapper était sans le savoir une introduction pour moi à l’entraînement à la course à pied », avoue-t-il dans son autobiographie. Et quand ce père haï déserte le domicile conjugal au milieu des années 30, Lydiard doit arrêter l’école pour turbiner dans une usine à lait, malgré un carnet de notes honorable. À 16 ans, il entre dans une fabrique de chaussures par l’intermédiaire de sa tante avant de devenir contremaître dans l’usine Zenith où opère déjà son frère cadet. Un poste et un savoir-faire qu’il va savoir exploiter par la suite pour fabriquer de ses mains les chaussures de course de ses athlètes.

« Mes poumons et ma gorge me donnaient l’impression de brûler de l’intérieur, j’avais la sensation d’avoir des jambes en caoutchouc. Je pensais être en forme grâce au rugby, mais je me mettais le doigt dans l’œil »
Arthur Lydiard après son premier footing

Mais Lydiard n’est pas encore un entraîneur, encore moins un coureur. S’il trottine à l’occasion au club de Lyndale, il s’agit surtout pour lui de préparer sa saison de rugby. L’entraînement n’a rien d’intensif: « On traînait une ou deux fois par semaine sur la piste pour courir un mile (1,60 kilomètre, ndlr), effectuer quelques sprints. Après une quinzaine de minutes, on était déjà sous la douche avant de rentrer descendre une bouteille de stout (bière brune, ndlr) à la maison, fiers de nous. » Entre alors dans sa vie, en 1943, Jack Dolan. Président du club de Lyndale, il affiche quelques années de plus que lui au compteur mais présente une silhouette de jeune homme. Ce qui n’est pas vraiment le cas de Lydiard. Un jour, Dolan invite le néo retraité du rugby à l’accompagner pour courir quelques miles. Cinq pour être précis –environ huit kilomètres– qui vont changer sa vie. Comme Bowerman presque 20 ans plus tard, Lydiard termine cette sortie à l’agonie, le palpitant prêt à exploser. « Mes poumons et ma gorge me donnaient l’impression de brûler de l’intérieur, j’avais la sensation d’avoir des jambes en caoutchouc. Je pensais être en forme grâce au rugby, mais il m’a prouvé à quel point je me mettais le doigt dans l’œil. » Lydiard entrevoit la révélation à travers cette souffrance. « Pour la première fois, je me suis posé la question de ma forme physique: “Si je suis dans cet état à 27 ans, dans quel état serai-je à 47?“ » Il décide alors de reprendre son corps en main. Et Arthur Lydiard n’est pas du genre à entreprendre les choses à moitié.

Deux fois et demi Londres-Auckland en courant

Le Néo-Zélandais débute alors une quête de neuf ans sur les routes escarpées du parc régional de Waitakere Ranges, au nord-ouest d’Auckland. Dans ce cadre idyllique bordé par la mer de Tasman, il s’inflige des sorties toujours plus longues, plus dures. Jusqu’à affoler le compteur kilométrique. En 1981, il donne dans un entretien pour la revue Spiridon un aperçu de son mode de vie de l’époque: « Je courais deux fois par jour, et il m’arrivait de faire un marathon avant le petit déjeuner. Cela signifiait se lever à 4h pour se farcir un gros bol de porridge, une livre de steak et quelques œufs. » Un petit déjeuner pantagruélique mais nécessaire quand on parcourt jusqu’à 400 kilomètres par semaine. Au total, il sillonne à la force de ses mollets près de 48 000 bornes en neuf ans, soit deux fois et demi la distance entre Auckland et Londres. Mais Lydiard ne conçoit pas la course à pied comme une réponse masochiste à une vie antérieure trop sédentaire. Il affine son programme en fonction de la réaction de son corps. Ainsi, il observe que celui-ci fatigue et ne progresse plus au-delà d’un volume de 160 kilomètres par semaine. « Il fallait coûte que coûte que je sache combien de kilomètres je pouvais parcourir à l’entraînement tout en continuant à m’améliorer. » À l’âge où certains arrêtent leur carrière sportive, lui en débute une nouvelle. En 1953, il devient, à 36 ans, champion de Nouvelle-Zélande du marathon, avant de renouveler sa performance deux ans plus tard et de représenter entre-temps son pays lors des Jeux du Commonwealth.

 « Je courais deux fois par jour, et il m’arrivait de faire un marathon avant le petit déjeuner. Cela signifiait se lever à 4h du matin pour se farcir un gros bol de porridge, une livre de steak et quelques œufs »
Arthur Lydiard, l’inventeur du footing

Mais l’homme ne chasse pas les titres et les records. Par pur empirisme et avec lui-même comme cobaye, Lydiard cherche à jeter les bases de sa méthode d’entraînement. À l’époque, la majorité des techniciens ne jure que par les courses à intervalles de forte intensité, méthode qui a permis au Britannique Roger Bannister de devenir le premier homme à franchir un mile sous la barre des quatre minutes. Celle du grand Emil Zatopek, aussi. Par les courses répétées, il s’agit de travailler l’anaérobie des fondeurs et demi-fondeurs, c’est-à-dire leur capacité à courir le plus longtemps et vite possible avec très peu d’oxygène, voire pas du tout. Lydiard prétend n’avoir été influencé que par un livre, celui du Britannique F.W. Webster publié dans les années 30. Ce dernier avance qu’un grand nombre d’athlètes disposent de la vitesse suffisante pour courir un mile en quatre minutes, mais que la plupart d’entre eux n’ont pas l’endurance nécessaire pour la maintenir dans la durée. Lydiard a observé les fondeurs autour de lui à Auckland, il les a vus enchaîner les tours de piste à haute intensité jusqu’à s’écrouler. À rebours de ce courant alors majoritaire, il comprend que la vitesse sans la condition physique ne sert à rien. Le coureur doit d’abord se construire « une caisse », travailler sa résistance – l’aérobie – et bouffer des kilomètres à un rythme régulier mais soutenu, et pour cela, il faut le sortir du stade, de la monotonie des tours de piste.

“Il insupportait l’establishment”

Au milieu des années 50, le destin met sur les routes d’entraînement d’Arthur Lydiard une bande de jeune gens – qui deviendront plus tard les Arthur’s Boys –, appelés à le propulser comme l’un des plus grands coachs de l’histoire de l’athlétisme. En 1952, un de ses jeunes voisins lui demande s’il peut se joindre à lui. Murray Halberg a 19 ans et une carrière de rugbyman écourtée derrière lui, la faute à une blessure qui a rendu son bras gauche partiellement invalide. Halberg écoute, observe et apprend de celui qui tient autant du mentor que de l’entraîneur. « J’ai rapidement su qu’Arthur était le genre d’homme que l’on suivait et écoutait naturellement. Il était un leader, vante Halberg. Il parlait et agissait comme tel. Ma première impression fut celle d’un type qui n’irait pas par quatre chemins. Il parlait de façon sensée, sans théorie superflue… Je sais aujourd’hui que si je ne l’avais pas rencontré, je n’aurais eu aucune chance, même minime, d’arriver où je suis maintenant. » Huit ans plus tard, Murray Halberg devient champion olympique du 5 000 mètres aux Jeux de Rome. Ce 2 septembre 1960, il manque d’apporter la première médaille d’or olympique de l’histoire de son pays, mais un certain Peter Snell va le devancer de 50 minutes, l’épreuve du 800 mètres étant programmée avant… « C’est incroyable quand on y repense, je suis passé en quatre ans de troisième de ma course au lycée à champion olympique », exagère à peine Snell, dont la première sortie avec son coach est encore présente dans son esprit. « Je me souviens que j’étais sur l’avenue Hendon, vraiment pas très loin de chez moi. Mes jambes ne me portaient plus, même pour marcherj’étais allongé contre une barrière… » Pas traumatisé pour autant, le futur recordman du monde du mile et du 800 mètres met de côté le rugby, le tennis et même le cricket – où il présentait aussi quelques prédispositions –, pour se consacrer à la course à pied.

De la lecture de Webster, Lydiard a retenu les principes, mais développe une méthode d’entraînement différente, plus personnelle: « Webster connaissait mieux la course à pied que n’importe qui, mais il avait un défaut: il n’entraînait pas assez dur ses coureurs », ose-t-il critiquer. Il astreint ainsi Snell à de très longues sorties dans le parc régional de Waitakere Ranges. « Tout le monde pensait qu’il fallait être fou pour demander à un spécialiste du 800 mètres de courir des marathons à l’entraînement ! Et pourtant, ce sont bien vos capacités aérobies, et non anaérobies, qui déterminent vos performances, théorise-t-il. De tous ceux qui parviennent à avoir les mêmes capacités anaérobies, seul l’emportera celui qui bénéficiera de la plus grande consommation d’oxygène. » Et pour y parvenir, il faut s’astreindre à courir le plus possible en équilibre d’oxygène. Les entraîneurs en place se gaussent à propos de ce gourou et de ses disciples des collines. Malgré cinq champions qualifiés pour les Jeux de Rome, Lydiard n’intègre pas la délégation kiwi et son salaire de contremaître ne lui permet pas de payer le voyage. Un journal d’Auckland lance alors une souscription pour financer son séjour. Même ses athlètes mettent au pot, sans lui dire. Dans la capitale italienne, coach Lydiard séjourne dans une pension à près de cinq kilomètres du village olympique où il n’a pas le droit de cité. Pas grave, il effectue deux fois par jour l’aller-retour en courant et demande à Halberg, Snell et Barry Magee (médaillé en bronze sur le marathon) de l’attendre à la sortie du village pour un entraînement dans les rues de Rome. Peu versé sur l’histoire, il note dans son carnet de bord être passé devant le… « Parthénon ». Arrive alors cette journée du 2 septembre où en un après-midi, Arthur Lydiard change à jamais de dimension avec les titres de Snell et Halberg. À son retour en Nouvelle-Zélande, il retrouve pourtant son usine de chaussures et son statut d’entraîneur bénévole. Dans sa grande majorité, le milieu de l’athlétisme local le perçoit comme un imposteur dont la chance a été de tomber sur des coureurs d’exception. « Même si mes athlètes remportaient dix médailles à chacun des Jeux olympiques, ces entraîneurs continueraient à prétendre que j’ai tort », ironisait-il dans les colonnes de Spiridon. À ses détracteurs, il répond par un mépris assumé, à en croire Dick Quax, vice-champion olympique du 5 000 mètres en 1972. « Il détestait l’establishment. C’était un cordonnier du mont Albert qui disait qu’il avait tout gagné dans son coin avec ses méthodes, et montrait que les leurs ne valaient rien. »

Lion’s Club et chefs d’entreprise en surpoids

Mais ses résultats, son caractère entier et son discours attirent aussi la curiosité. On veut voir et entendre l’homme qui a donné au pays ses deux premiers titres olympiques. Lydiard enchaîne les conférences « où il explique à des anciens rugbymen et des chefs d’entreprise à quel point ils sont en mauvaise santé et mènent une vie trop sédentaire, resitue Barry Magee. Arthur sortait toujours la même phrase: “Vous passez plus de temps dans vos voitures que dans vos corps.“ »  La formule frappe les esprits. À la sortie d’une conférence donnée au Lion’s Club de Tamaki, Lydiard est apostrophé par « trois PDG obèses récemment rescapés d’alertes cardiaques », selon ses mots. L’un d’eux demande s’il serait bien raisonnable pour lui de se mettre à la course à pied. Son médecin de famille lui a recommandé un maximum de repos. Lydiard préconise aux trois hommes de consulter un bon cardiologue, « car les généralistes ne connaissent pas grand-chose au sport et à ses effets ». Puis d’ajouter : « Et dites à ce cardiologue que vous avez envie de sortir, de marcher, de courir, bref, de vous remuer plutôt que de rester assis à attendre la mort ! » Les trois chefs d’entreprise suivent ses conseils et obtiennent l’accord d’un cardiologue. Le long du front de mer d’Auckland, ils commencent à trotter de façon prudente, d’un pylône électrique à l’autre. Puis ils poussent jusqu’au pylône suivant et parcourent un premier mile. Après quelques mois, les voilà capables de courir la distance en moins de sept minutes. Leurs amis s’étonnent de leur perte de poids, se demandent s’ils suivent un régime ou s’ils sont tombés malades. Certains décident de les imiter.

« En Nouvelle-Zélande, les jeunes courent, les femmes courent et les vieux courent. Pourquoi ça ne serait pas pareil chez nous ? »
 Bill Bowerman, cofondateur de Nike, à son retour d’un séjour chez Arthur Lydiard.

Arthur Lydiard observe l’expérience et ses répercussions avec intérêt quand il retrouve par hasard une vieille connaissance, Colin Kay, comme voisin d’avion, en 1961. Ancien sportif accompli, Kay accuse désormais quelques kilos en trop, Lydiard lui raconte l’histoire du trio du Lion’s club et ne manque pas de le convertir à sa nouvelle cause. De fil en aiguille va naître l’idée de monter le premier groupe de « joggers ». La maison de Kay (futur maire d’Auckland) sert de point de ralliement, un cardiologue (le docteur Reynolds) encadre l’aspect médical, alors que Lydiard distille ses conseils aux bizuts avant de les guider pour leur premier jogging. En préambule, il leur rappelle qu’il ne s’agit « pas d’être compétitif » ni de faire la course, au « risque de souffrir et ne pas avoir envie de recommencer ». L’Auckland Joggers Club est né. Ses premiers membres forment un groupe bigarré. Personne ne porte vraiment de tenue de sports, certains ignorent l’existence du short et galopent avec des chaussures de tennis. D’autres ne tiennent pas 400 mètres avant de ressentir un terrible point de côté, mais ils sont très peu à renoncer. Les coureurs du dimanche deviennent ceux du lundi, du mardi, du mercredi, etc. Cornwall Park, au pied de la fameuse colline One Tree Hill, devient le lieu de rassemblement de ce groupe qui grandit toutes les semaines. Arthur Lydiard comprend qu’un grand mouvement est en marche: « Tout cela a pris par le bouche-à-oreille. Les gens voyaient leurs amis perdre du poids, être plus épanouis, et voulaient les imiter. Ils les rejoignaient le dimanche suivant. » Imagine-t-il alors que le phénomène puisse devenir mondial lorsqu’il invite Bill Bowerman –qu’il a croisé à Rome– et son équipe de demi-fond de l’université de l’Oregon à venir se mesurer à ses protégés, au début de l’année 1962 ? Même en Nouvelle-Zélande, les joggers sont encore perçus comme des personnes étranges quand ils s’aventurent hors de Cornwall Park. Un disciple de Lydiard est ainsi embarqué par la police alors qu’il s’entraînait à côté d’une base navale. Son ami et biographe, Garth Gilmour, doit expliquer à deux policiers pourquoi il est en train de courir à 2h du matin. « Je n’ai pas l’air d’un vagabond », leur lance-t-il. À moitié convaincus, les deux policiers continueront à le suivre sur plusieurs kilomètres.

« Train, don’t strain » 

Bill Bowerman ne tarde pas à planter les premiers germes du jogging aux États-Unis. Le 3 février 1963, le futur coach du légendaire Steve Prefontaine réunit une douzaine de curieux pour un footing. Avec comme point départ, la piste d’Eugene. Quinze jours plus tard, ils sont déjà une cinquantaine. « À la fin du mois, la piste était couverte de personnes avec leurs vêtements du quotidien. Des femmes au foyer, des professeurs, des enfants et même quelques personnes âgées », décrit Bowerman. Le phénomène intrigue, le magazine Lifeenvoie même un photographe sur place. Et quand l’Américain rend son invitation quelques mois plus tard à son confrère néo-zélandais, la vague du jogging déferle déjà sur l’Oregon. Lydiard reçoit un accueil de rock star sur la piste d’Eugene: « Un dimanche, j’ai découvert 3 000 personnes en tenue de course qui étaient là pour m’écouter. » Des grappes de coureurs fleurissent un peu partout dans le pays, Bowerman s’inquiète même de voir des sédentaires s’y mettre du jour au lendemain sans la moindre préparation. Dans son petit livre Joggingparu en 1967, il reprend à son compte la maxime de Lydiard « Train, don’t strain »  – « Entraînez-vous, ne vous mettez pas la pression. » Ce qui donne chez l’Américain: « Ne cherchez pas la compétition, construisez-vous peu à peu, prenez du plaisir, et ça sera bon pour votre corps. » Republié à plusieurs reprises, Jogging s’est écoulé à 1,5 million d’exemplaires dans le monde et est devenu l’évangile de la doctrine d’Arthur Lydiard.

Alors qu’il est reconnu comme le père du jogging et qu’il entraîne une génération de Kiwis qui domine le demi-fond mondial dans les années 60, Lydiard souffre toujours d’un certain manque de considération chez lui, où il jongle encore avec son activité de cordonnier. « Il rêvait de monter un camp d’entraînement au nord d’Auckland, le long de la côte, au milieu des dunes, où il aurait pu enseigner ce qu’il avait appris à Snell, Halberg et les autres. Mais ça ne s’est jamais fait », déplore Garth Gilmour, l’homme avec lequel il va coécrire une dizaine de publications sur ses secrets d’entraînementAlors, quand des fédérations étrangères lui offrent les moyens de ses ambitions – et accessoirement de gagner sa vie avec son savoir –, Lydiard prend son baluchon: Mexique, Venezuela, Danemark et Finlande, où il n’est pas étranger à la réussite d’un certain Lasse Viren, quadruple champion olympique du 5 000 et 10 000 mètres dans les années 70. « Le monde était à ses pieds et il n’avait pas les moyens d’être sentimental avec un pays qui était le seul à ne rien lui offrir », glisse Gilmour. Il faut dire que l’homme possède son caractère –« Ma méthode ne s’adresse pas aux idiots », répétait-il– et l’assurance cassante de celui qui a réussi par lui-même. Il se brouillera même un temps avec Snell qui cherchait un peu trop à tuer le père à son goût, mais qui contribuera malgré tout à ce que son ancien mentor soit décoré de l’Ordre de Nouvelle-Zélande, en 1990. Entre-temps, il aura vu le jogging être récupéré par les marchands du temple. « L’explosion des années 70 est le fait d’hommes d’affaires américains qui ont réalisé qu’ils pourraient vendre ainsi des millions de paires de chaussures », constatait celui dont les paires confectionnées pour ses athlètes deviendront une source d’inspiration pour Bowerman et sa fameuse semelle « moule à gaufres »  à l’origine de la success-story de Nike. Arthur Lydiard n’est jamais devenu millionnaire et a continué à arpenter le monde pour tenir des conférences où il répétait à ses auditeurs de prendre leur vie et leur corps en main. Le 11 décembre 2004, de retour d’une réunion dans une librairie texane, il décède dans sa chambre d’hôtel en regardant la télé. À 87 ans, Arthur Lydiard a arrêté de courir, mais le monde a continué sans lui.

Tous propos recueillis par AP et tirés de Arthur Lydiard: Master Coach de Garth Gilmour.

Betty Robinson, l’Or et la Mort

Personnage

Betty Robinson, l’Or et la Mort

Auteur / Matthieu Le Crom 
C’est l’histoire dingue d’une athlète revenue d’entre les morts pour gagner l’or olympique. Au départ, une petite nana de 15 ans dans la banlieue de Chicago, Betty, qui court pour attraper son train. Comme vous et moi. Sauf qu’elle l’attrape, son train, et tout s’accélère.

LIFE ON A FAST LANE

Charles Price, prof de bio et coach d’athlé à Riverdale, déjà installé dans le wagon, hallucine en la voyant courir et la prend sous son aile pour l’entraîner, avec les garçons. Le talent de la gamine est immense et, très vite, elle intègre le prestigieux Illinois Women Athletic Club. Elle débute la compétition sur 100m le 30 mai 1928 et termine seconde derrière Helen Filkey, détentrice du record des USA. Dès sa deuxième course, elle égale le record du monde (12”2), mais celui­-ci ne sera pas homologué. Deux sorties de plus et Betty Robinson intègre l’équipe olympique américaine. Un destin Fast and Furious. Pour la première fois, les femmes peuvent participer aux épreuves d’athlétisme aux Jeux Olympiques d’Amsterdam de 1928, malgré les réticences du Baron de Coubertin et du Pape Pie XI.

Betty est la cadette du Team USA sur le bateau qui parcourt l’Atlantique pour rejoindre Dam. Alors qu’elle n’a que 16 ans et cinq courses senior dans les jambes, Betty Robinson devient la première championne olympique du 100 mètres féminin et reste, encore aujourd’hui, la plus précoce de l’Histoire. Record du monde à la clé, officiel cette fois (12”2). La légende est en marche. Quatre ans plus tard, le CIO remet en question la présence de l’athlétisme féminin pour les Jeux de Los Angeles. La fédé américaine s’insurge et obtient gain de cause. Devenue « la femme la plus rapide du monde » pour les médias US, Betty doit être LA star des JO de 1932.
“Betty Robinson devient la première championne olympique d 100m féminin et reste, encore aujourd’hui, la plus précoce de l’histoire.

KARMA IS A B*TCH

Le 28 juin 1931, Betty Robinson s’envole pour une balade dans les airs avec son cousin Wilson, qui vient d’obtenir sa licence de pilote. Le moteur du biplan cale à 600 mètres d’altitude et l’avion chute en piqué avant de s’écraser au sol. Le bilan est terrible : bras gauche brisé, jambe gauche mutilée, entaille de 20 cm au visage. C’en est même trop pour le badaud qui la retrouve, la charge dans le coffre de son truck et l’amène directement… chez le croque­mort ! Présumée morte, elle est finalement déclarée dans le coma par le corps médical.

jours de coma

%

de chance de mourir

jours de rétablissement

Les docteurs de la Oak Forest Infirmary sont pessimistes.
C’est clair, elle est condamnée.
Elle sort du coma en onze semaines.
C’est sûr, elle ne marchera plus.
Elle se lève de son fauteuil en moins d’un an.
C’est certain, elle ne pourra jamais recourir.
Elle rechausse ses pointes à peine 1000 jours après l’accident.

BACK FROM THE DEAD

Betty repart avec une jambe plus courte et ne peut plus s’agenouiller. Impossible de prendre un départ classique de sprint. Malgré tout, elle réussit l’exploit majuscule de se qualifier pour le 4×100 mètres des Jeux berlinois de 1936. Avant­-dernière relayeuse, elle est aux premières loges pour voir les Allemandes, favorites, faire tomber le témoin. Les États­-Unis sont sacrés et Betty Robinson s’offre, cinq ans après le crash d’avion qui l’avait laissée pour morte, un deuxième titre olympique.

Elle arrête sa carrière dans la foulée mais continuera à s’investir dans le sport en tant que bénévole, en menant à côté une vie classique : un boulot dans un magasin de bricolage, un mariage, deux enfants. Elle s’éteint à Denver en 1999, à l’âge de 87 ans.

Finalement, le plus fou dans tout ça, c’est peut-­être qu’elle soit tombée dans l’oubli alors que les Américains raffolent des histoires de héros, de come­-back et de renaissance. C’est seulement en 2014 qu’elle ressort de l’ombre avec la parution du livre de Joe Gergen à son sujet (”The First Lady of Olympic Track – The Life and Times of Betty Robinson”). Son cas ayant fait pas mal de bruit outre-­Atlantique à la parution du bouquin, elle devrait désormais rejoindre le Hall of Fame
olympique des USA, quasiment 90 ans après son premier sacre.
And here’s too you Mrs. Robinson.

And here’s too you Mrs. Robinson.

Joan Benoit, l’étoile filante

Une étoile filante débarque bien souvent sans prévenir. A 15 ans, Joan Benoit est une adolescente sportive du Maine, touche à tout, qui enchaîne les victoires dans les compétitions de ski de jeunes. Mais un jour, lors d’un slalom, elle se casse la jambe. Des médecins lui conseillent la course à pied longue distance pour se remettre doucement. Joan se découvre une nouvelle passion qui ne la quittera plus jamais. Cependant, un problème demeure : son lycée de Cape Elizabeth n’a pas encore d’équipe féminine d’athlétisme. Pourtant, au même moment, l’amendement Title IX of the Education Amendments est voté en 1972 aux Etats-Unis. Il interdit toute discrimination de genre dans les programmes d’éducation soutenus par l’État. Mais les mœurs ne suivent pas encore. A l’époque, courir seule pour une fille reste mal vu. Alors Joan court partout où elle peut, le long de la route et surtout à l’abri des regards.

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Quand les voitures passaient, je faisais semblant de regarder les fleurs” – Joan Benoit

“Quand les voitures passaient, je faisais semblant de regarder les fleurs”, expliquera-t-elle plus tard dans une interview à Runner’s World. Secrètement, elle s’inspire d’une amie de fac qu’elle regarde courir tous les jours. “A force de la voir faire, j’ai décidé de ne plus me soucier de ce que les gens pensaient”. Et puis, après tout, quand elle court, Joan n’a pas le temps de se retourner, elle va déjà beaucoup plus vite que les autres. Après deux années à Bowdoin College, chez elle, elle s’envole pour la grosse fac de North Carolina, rendue célèbre pour ses équipes sportives, les Wolfpack. Les résultats arrivent vite. En 1977 et 1978, elle est élue parmi les meilleures coureuses de l’année. En 1978, elle est la figure de proue de son équipe qui participe aux championnats de cross country de la côte-est. L’histoire est en marche.

RECORD DU MONDE ET COURSE CONTRE LA MONTRE

Les courses universitaires deviennent rapidement trop étroites pour elle. En 1979, elle décide donc de se mesurer pour la première fois à l’épreuve suprême : le marathon. Celui de Boston, plus précisément. Sans vraiment prendre le temps d’un round d’observation. Au mile 19, engluée dans le peloton, elle décide de passer la seconde et termine sur un sprint à couper le souffle. Elle l’emportera en deux heures, 35 minutes et 15 secondes. Jamais une femme n’avait couru ce marathon aussi vite. Aux Etats-Unis, on commence à parler d’une jeune coureuse, menue mais redoutable qui est prête à changer le cours de l’histoire avec sa casquette des Boston Red Sox sur la tête. Le prochain rendez-vous avec cette course a lieu en mars 1983. Dans les rues de Boston, Joan Benoit s’envole encore et explose de deux minutes le record du monde pourtant battu la veille par sa rivale norvégienne Grete Waitz à Londres en 2 heures, 22 minutes et 43 secondes.

Joan Benoit a désormais dans sa ligne de mire le premier marathon féminin olympique de l’histoire. Il se tiendra à Los Angeles, un an plus tard. Seulement voilà, en mars 1984, elle se blesse à l’entrainement. Or les qualifs pour les JO approchent. L’athlète va devoir remonter une course folle. Encore une. Encore une victoire. Dix-sept jours avant la course des qualifications, Benoit est opérée d’une arthroscopie du genou droit. Quatre jours après, elle recourt déjà 17 miles. Elle compense avec sa jambe gauche et souffre. Mais peu importe. Le 17 mai, elle doit finir dans le top trois. Joan Benoit court cette course comme elle les a toujours couru : en prenant la tête au mile 17 et en ne la lâchant plus jusqu’à la victoire. Une performance hallucinante pour une athlète qui sort juste de blessure. Mais ses yeux sont rivés sur le marathon du 5 août. Elle devra affronter la norvégienne Grete Waitz, invaincue jusqu’alors.

OBJECTIF LUNE, TOUR D’HONNEUR ET MARIAGE

Lorsque le pistolet du starter donne le départ, malgré la chaleur étouffante, Joan Benoit, imperturbable, recommence : elle prend la tête au mile trois et ne la quitte plus. Dans le peloton, Grete Waitz compris, tout le monde attend une éventuelle défaillance à cause de sa blessure récente. Elle ne viendra pas. Joan Benoit entre seule sur la piste du Los Angeles Memorial Coliseum dans une enceinte est en fusion. Quand Grete Waitz franchit la ligne d’arrivée en seconde position, Benoit, jamais rassasiée, fait des tours de piste avec le drapeau américain. L’apogée de sa carrière. De quoi faire un long break ? Bien sûr que non. Dans la foulée, elle se marie avec Scott Samuelson, rencontré à Bodwoin, avec qui elle aura deux enfants.

Malgré des blessures à la cheville et au genou, malgré sa nouvelle vie de famille, Joan Benoit continuera de courir. Vite. En 1987, elle termine seconde au marathon de Boston seulement trois mois après une grossesse. En 1996, à 40 ans, elle finit 13ème lors des qualifications pour les JO d’Atlanta, en 2 heures, 36 minutes et 54 secondes, une nouvelle performance remarquable alors qu’elle souffre désormais d’asthme. Le niveau des courses a augmenté mais Joan Benoit tente toujours de montrer l’exemple et de donner le meilleur. “Dans ma vie, j’essaie d’être un modèle pour que les enfants qui me regardent puissent trouver l’inspiration”, dira-t-elle à Runner’s World. Une philosophie qui la suivra après sa carrière. Aujourd’hui, elle partage son temps entre l’écriture de livres (Running Tide and Running for Women) et un travail de consultante pour Nike dans des cliniques et des centres de remise en forme aux États-Unis et dans le monde. Dès qu’elle le peut, elle aime aussi pêcher le homard, commenter quelques courses et remonter sur ses skis descendre quelques pistes. Une manière pour elle de boucler la boucle. Une étoile filante ne s’éteint jamais, elle vole toujours.

"L'étoile file vers le record"

“Dans ma vie, j’essaie d’être un modèle pour que les enfants qui me regardent puissent trouver l’inspiration” – Joan Benoit

ZOLA BUDD LA GAZELLE AUX PIEDS NUS

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En 1984, huée par les milliers de spectateurs du stade olympique de Los Angeles, descendue par la presse, insultée, raillée, le plus grand rêve de cette jeune fille de ferme s’est transformé en cauchemar médiatique.

La fièvre du running, elle la contracta très tôt. Dès son plus jeune âge, elle avait pour habitude d’aller courir pieds nus avec sa soeur ainée, Jenny. Autour de la ferme familiale en Afrique du Sud, elles parcouraient les chemins de terre ocre, avec une énergie inépuisable.

Les épreuves mythiques des JO, ont permis à nombre d’athlètes de se révéler aux yeux du monde, et de façonner leur légende. Mais parfois la machine à rêves s’enraye, oublie les valeurs universelles qu’elle se donne tant de mal à promouvoir, et se transforme en broyeur d’espoir. C’est ainsi que le monde s’est privé de l’une des grandes coureuses de fond de tous les temps.

x épreuves d’athlétisme aux Jeux Olympiques d’Amsterdam de 1928, malgré les réticences du Baron de Coubertin et du Pape Pie XI.

 

« C’est comme si votre pire cauchemar se réalisait, je ne voulais qu’une seule chose, rentrer à la maison par le premier vol et ne plus jamais m’approcher d’une piste d’athlétisme ».

ZOLA TE FUME SUR 5000 METRES

Sa carrière sportive s’annonçait radieuse. A dix sept ans, quelques mois avant les JO de Los Angeles, Zola explosa une première fois le record du 5000 mètres féminin. C’était lors d’une compétition en Afrique du Sud, où elle pulvérisa de plus de sept secondes, le meilleur temps sur la distance, jusqu’alors détenu par l’américaine Marie Decker. Cependant sa performance ne fut pas officiellement enregistrée. Son pays natal était alors boycotté par les instances sportives internationales, en raison de la politique d’Apartheid qui y était encore pratiqué.

Mais face aux résultats extraordinaires de la petite Zola, et les retombées financières qu’une victoire au JO pouvait engendrer, son père aidé par un manager peu scrupuleux éludèrent rapidement le problème. Ils réussirent à lui obtenir la nationalité britannique, grâce à la double nationalité de son grand-père. Le sésame en poche, les phases qualificatives pour participer aux Jeux ne furent qu’une formalité.

C’est ainsi qu’une gamine tout juste sortie de l’adolescence, se retrouva aux côtés des meilleurs athlètes du pays arborant fièrement l’Union Jack. L’accueil fut chaleureux au sein de son équipe d’adoption, mais celui qui l’attendait sur le sol américain fut tout autre. Elle devint la cible privilégiée de la presse locale. Celle là même qui ne jurait que par sa propre championne, et grande favorite des épreuves de fond, Marie Decker.

PRINCESSE DECKER

L’américaine était promise à la victoire. Aux yeux de la presse, il ne pouvait en être autrement. Elle n’avait pas pu participer aux JO de Moscou en 1980. En pleine guerre froide, il était inenvisageable d’envoyer une délégation américaine au coeur du vortex. 1984, c’était son année, son pays, pas question de se faire voler la vedette par une pauvresse sortie de nulle part, « elle ne porte même pas de chaussures ». Mais en une demi seconde, en final de 3000 mètres, tous ses rêves dorés disparurent sous les yeux médusés de millions de téléspectateurs.

En tentant de dépasser Zola par la corde, elle trébucha, et alla se planter les ratiches dans la pelouse fraîchement tondue par John Deere, himself. De toute évidence perturbée par l’évènement, Zola finira la course en sixième position sous les sifflets des spectateurs, persuadés d’une faute intentionnelle.

Mary Decker chute et c'est Zola qui prend

“La favorite chute, et c’est Zola qui prend ! ”

Dans le tunnel menant au coeur du stade et ses vestiaires, l’entraineur de Zola vit Marie Decker effondrée, recroquevillée sur elle même. « Marie était assise et pleurait. Zola marchait dans sa direction, présentant ses excuses, le dos vouté, les épaules tombantes. Marie lui hurlait dessus, je ne l’oublierai jamais. Zola est une personne tellement timide. Cela aurait pu survenir sur n’importe quelle course, et ce n’était pas la faute de Zola. Cela aurait été difficile à gérer pour n’importe quelle jeune fille, c’était particulièrement injuste. »

LA LANGUE QUI FOURCHE FAIT PLUS MAL QUE LE PIED QUI TREBUCHE (PROVERBE ZOULOU) 

Plus tard à la conférence de presse, Decker enfonça Budd. Les officiels disqualifièrent Zola, puis après avoir re-visionné la séquence, la disculpèrent, et lui restituèrent sa place au classement. Mais le mal était fait.

Zola n’avait pas demandé son reste, et avait taillé la route depuis un moment déjà, avec le reste de la délégation britannique. Finalement l’histoire ne se souvient même pas de l’athlète qui remporta cette course. C’était il y a trente deux ans, Zola avait été tenue responsable de la destruction des rêves de la coqueluche américaine, trainée dans la boue par les médias, accusée de racisme, de favoritisme, et reçut même plusieurs menaces de mort.

Pourtant elle ne semble n’avoir gardé aucune rancœur. « Beaucoup de gens ont eu des mots très violents, mais c’était une période étrange, et mon pays faisait des choses horribles. » Zola continua à concourir pour l’équipe britannique. Une « revanche » fut même organisée l’année suivante, mais la passion s’étiolait déjà inexorablement. Marie Decker remporta le meeting, Zola termina à la quatrième place. Par la suite, elle fit tomber quelques records en 3000 mètres et 5000 mètres, avant de quitter le paysage médiatique. La fin carrière de Decker, quant à elle fut entachée par de sombres histoires liées au dopage, elle ne remporta jamais de titre olympique.

Zola n’a jamais cessé de courir. Juste de concourir.

Steve Prefontaine, le rebelle runner

A quoi reconnaît-on un précurseur ?
Sans doute au fait qu’il change le cours de l’histoire mais aussi et surtout qu’il est seul. 

Contre tous.
Phil Knight, ancien athlète et fondateur de Nike, en est un. En 1973, il cherche à populariser les premiers modèles de chaussures de sport de son entreprise mais manque d’argent pour s’offrir de grandes campagnes de pub. Knight a alors l’idée d’équiper des athlètes comme lui : charismatique, facilement identifiable et dont la personnalité irradie au-delà des terrains de sport.

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La providence met sur son chemin Steve
Prefontaine, première pépite d’une longue série d’athlètes rebelles et hors normes – John McEnroe, André Agassi, Eric Cantona, Charles Barkley…- qui feront le succès de la marque. Il faut dire que le jeune coureur est de l’Oregon et a les qualités requises : une tête de Beatles – cheveux dans le vent, rouflaquettes et moustache – et surtout déjà pas mal de chronos retentissants au compteur.

À 15 ans, le blondinet a déjà couru deux miles en 8 minutes, 41 secondes et 5 centièmes pour la Marshfield High School de Coos Bay, Oregon. Record national. Lors de ses années junior et senior de high school, il n’a pas perdu le moindre cross-country et la rumeur enfle : un crack est dans les parages et il a un nom de chanteur folk. Pour Prefontaine, les courses se déroulent toujours de la même manière : il prend la tête dès les premiers mètres, et ne la lâche plus.

A chaque sprint, il électrise la foule. Très vite, Bill Bowerman, le mythique coach de l’université d’Oregon, qui fut aussi l’un des inventeurs du “jogging moderne” et le premier entraineur de Phil Knight propose de s’occuper de lui. Prefontaine accepte. Mais pour une raison: “Il a dit qu’il ferait de moi le meilleur coureur de fond. C’était tout ce que j’avais besoin d’entendre.” Au même moment, le jeune coureur fait la couverture du magazine culte Sports Illustrated.
Dessus, il est écrit: “Le prodige du fond américain.”
La machine peut s’emballer.

coucou

“Certaines personnes créent avec des mots, avec de la musique ou avec un pinceau et de la peinture. Je veux faire quelque chose de beau quand je me lance. Je veux que les gens arrêtent et disent: ‘Je ne l’ai jamais vu quelqu’un courir comme ça avant”
– Steve Prefontaine.

LA PADDOCK TAVERN ET LA GUERRE DU VIETNAM

Sous les ordres de son nouveau coach, Prefontaine accumule les récompenses universitaires (sept titres nationaux sur la distance de 3 miles et en cross-country) et sa cote ne cesse de monter. Phil Knight lui propose alors un deal : un contrat de sponsoring à 5000 $ l’année. À chaque course, Steve Prefontaine devra être habillé en Nike de la tête aux pieds et porter les fameuses Waffle Shoes.

L’athlète qui a déclaré un jour que “ce n’est pas l’athlétisme qui va (me) permettre de manger et de payer (mes) factures”, vit en réalité grâce à un petit boulot de barman à la Paddock Tavern et habite une remorque. Alors il accepte, sans pour autant rentrer dans le moule, ce qui plaît à Nike. Fervent opposant à la guerre du Vietnam, Prefontaine devient une rock star et une icône rebelle. Dans les stades, les t-shirts ‘Stop Pre’ sont partout. Pourtant, le running est loin d’être un phénomène de mode à l’époque et pour une jeune marque, tout miser sur un coureur de fond est un pari osé. Mais ‘Pre’ démocratise la discipline et la rend ‘cool’ aux yeux de l’Amérique. L’athlète travaillera même comme commercial pour la marque. Avec flair. En avril 1975, il envoie une paire de Nike Boston 73 à un certain Bill Rodgers, qui deviendra, avec, une légende du marathon.

FAUCHE UN SOIR DE MAI

A quoi reconnaît-on un rebelle ? A sa vie, à sa mort et à ses convictions. Le 29 mai 1975, après avoir gagné le 5000 mètres de Hayward Field à Eugene, Prefontaine fait un peu la fête avec d’autres coureurs chez son coéquipier Geoff Hollister. Peu après minuit, il ramène son ami coureur Frank Shorter chez lui en voiture pour le convaincre de se rallier à sa cause. En pleine bataille avec l’Amateur Athletic Union pour la défense des droits des coureurs amateurs obligés de travailler à côté, Prefontaine n’a pas peur de l’ouvrir face aux instances de son sport. L’échange doit se prolonger le lendemain lors d’un run d’entraînement. Prefontaine quitte alors son ami, emprunte le Skyline Boulevard d’Eugene, près de Hendricks Park et perd le contrôle de son bolide, qui finira dans un mur de pierre. Lorsque les médecins arrivent sur le lieu de l’accident, Steve Prefontaine est déjà mort, à 24 ans. Et rentre définitivement dans la légende. Franck Shorter vivra désormais avec ses démons : “Si seulement nous avions parlé cinq secondes de plus ou cinq secondes de moins…”, dira-t-il après l’accident.

En 1978, trois ans après sa mort, l’Amateur Sports Act est ratifié par le Congrès : il offre un cadre légal plus avantageux pour les athlètes. Jamais médaillé olympique, Prefontaine restera comme l’un des coureurs les plus charismatiques de l’histoire du sport US. Surtout, il est la première égérie pop et moderne de Nike. “Pre était un rebelle issu d’un milieu ouvrier, un gars plein d’effronterie et de courage” retiendra Phil Knight. Et de conclure: “L’esprit de Pre est la pierre angulaire de l’âme de cette société.” Des grands noms prendront sa succession mais personne n’atteindra l’irrévérence de Steve Prefontaine.

A quoi reconnaît-on une légende ? Elle ne meurt jamais.

"Made in Oregon"
"style et vitesse à l'état pur"

Alice David : “Un soir, j’ai ressenti le besoin de me défouler”

Comme Bill Bowerman avec sa machine à gaufres ou Will Ferrell et sa découverte du marathon, les premières fois sont toujours émouvantes. Dans certains cas, il ne manque qu’une étincelle. Pour Alice David, la comédienne de Bref et de Babysitting 1 et 2, courir pour la première fois s’est fait un peu par hasard, il y a deux ans. Depuis, ses chaussures de running et son appli l’accompagnent toute l’année, selon les périodes. Mais avec toujours autant de plaisir…

Quand as-tu commencé à courir ?

En réalité, ma première fois est un très mauvais souvenir. J’avais 20 ans, je faisais de l’équitation et ma monitrice m’avait conseillé, pour prendre un peu de force dans les jambes, de courir. Je m’étais donc essayé au running dans le parc à côté de chez moi, dans le 15ème arrondissement, avec des chaussures pas du tout adaptées : elles étaient beaucoup trop lourdes ! Après deux secondes, j’étais déjà épuisée. Je faisais n’importe quoi, ça a été un énorme bide ! Ça aurait pu me faire arrêter la course. En fait, ça devait être prémonitoire. Deux ans plus tard, j’ai réessayé par hasard. C’était à l’époque de Bref. On enchaînait de grosses périodes de tournage, je faisais du sport en salle : du tapis de course, du yoga, du pilate mais je ressentais que j’avais besoin de me défouler, de me dépenser davantage. Et je me suis dit que le truc le plus simple, c’était le running. Ça ne demande pas d’infrastructures, simplement des baskets et cette fois, j’en avais ! Alors j’ai pris mon téléphone, de la musique et je suis allée courir dans Paris à l’improviste, un soir. J’ai adoré.

Pourquoi ?

Courir permet de faire le point, genre un peu le bilan de sa vie, de penser à plein de choses. C’est un cliché mais quand je cours je me sens vraiment connectée avec moi-même. Je vais essentiellement dans le centre de Paris, notamment sur les voies sur berges, et parfois dans le bois de Vincennes, si possible tard le soir en été. J’adore finir mon running entre chien et loup, avec le coucher de soleil. T’es blindée d’endorphine et le temps s’arrête, c’est magique.

Tu as vite téléchargé une application ?

Oui, dès mes premières sorties, j’avais en tête de progresser, quand même, et je voulais quelque chose de très pratique. Ma méthode, si on peut dire, c’était de pouvoir facilement avoir et analyser ma vitesse, surtout en course, et mon rythme aussi, pour avoir des points des repères. Ça, c’est très important. Ensuite, tu peux synchroniser l’appli – la mienne, c’est l’application Nike + Running – avec Spotify ou Itunes et écouter tes chansons. A la fin, il m’arrive aussi de poster des photos de mes runs sur Instagram. J’aime bien prendre des photos de paysages ou des coins de rue de Paris, que je redécouvre pendant mes runs.

Tu écoutes quel genre de musique quand tu cours ?

Je peux courir sur des trucs assez speed : du hip hop, de l’électro, mais aussi des choses planantes, comme Sigur Ros. Ça dépend de mon humeur. A l’inverse, quand je cours avec des amis, j’aime bien leur parler. Je trouve que c’est un bon moyen de jauger mon état physique. Si j’arrive à tenir le rythme et discuter, c’est bon signe. Sinon, il m’arrive fréquemment de courir avec le Paris Running Club. On se retrouve tous les mardi soir, on a un capitaine qui nous guide, des intervenants qui nous coachent. Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas l’élève la plus assidue !

Quel regard portes-tu sur la mode running ?

Je trouve ça vachement cool. Nike a fait un super job pour motiver le grand public à se lancer avec les programmes d’entrainements accessibles, l’application et un réseau social qui permet de comparer tes temps avec ceux de tes amis. L’autre jour, j’en parlais avec des copains, et se on disait que pour les gens de 25 à 30 ans, la vie et les souvenirs se résumaient sur Instagram souvent à des photos de fête. On ne trouvait pas ça si cool. C’est sympa de boire des coups et d’aller au resto avec ses potes, je suis une bonne vivante, hein, mais se reconnecter grâce au sport, c’est chouette aussi.

Tu cours beaucoup en ce moment ?

Oui, je commence jeudi prochain le tournage du prochain film de Maurice Barthélemy, qui s’appelle Les ex. Ça parlera des relations amoureuses, qui se font et se défont dans le monde d’aujourd’hui. J’aime bien les débuts de tournage, ce sont des bonnes périodes pour courir. On a envie d’être en forme pour ouvrir un nouveau chapitre de sa vie !

Enquête – Les Color Runs vues par la communauté indienne

Auteur : Ariane Picoche

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Les colors runs explosent depuis quatre ans, mais elles tirent leur inspiration d’une fête hindoue qui existait déjà à l’Antiquité : la Holi. Clin d’œil bienveillant ou réappropriation culturelle ? On a demandé à quelques Indiens ce qu’ils en pensaient.

"tu feras gaffe, tu as de la peinture dans l'oeil"

Vous connaissez sans doute les color runs, ces courses festives venues des US, où musique et jets de poudres colorées s’entremêlent pour le plaisir des runners pros et amateurs. Vous vous êtes peut-être même déjà pris au jeu à Paris, Marseille ou Calais. Mais saviez-vous qu’elles s’inspiraient de la Holi, une tradition hindoue perpétuée en Inde depuis des siècles ?

Pour accueillir le printemps et célébrer la fertilité, courant mars, on fête la Holi dans les rues et les maisons indiennes, avec des pigments colorés que l’on se jette joyeusement à la figure et de bons petits plats savourés en famille.

Floriane Zaslavsky, doctorante à l’EHESS, rattachée au Centre d’Étude de l’Inde et de l’Asie du Sud, a expérimenté ce qu’elle appelle un “jeu” : “La veille, on sent monter une certaine excitation. Des feux sacrés sont allumés, on va acheter des poudres colorées, les ‘rangolis’ se multiplient sur le sol…” En plus d’être une fête très gaie, la Holi a quelque chose de carnavalesque. La hiérarchie sociale, prégnante en Inde, semble soudain suspendue.

Virender, originaire du Rajasthan, a grandi dans un foyer hindou modéré et à 33 ans, se considère “plus spirituel que religieux”. Enfant, il adorait participer à la Holi : “C’est un événement où tout le monde est bienvenu, quelle que soit sa confession ou sa caste.” La partie religieuse avait lieu avant, dans l’intimité, autour d’un feu de joie “donné en l’honneur du démon Holika, dont les éclats se dispersaient dans les cieux”. Il se rappelle des bonbons, des vœux formulés aux voisins et des couleurs intenses envahissant la campagne environnante. “Évoquer ces souvenirs, c’est comme une nouvelle célébration.”

Devika, 29 ans, est née à Jamshedpur, de parents hindous pratiquants, mais s’est forgé ses propres croyances au fil du temps. Pour elle, la Holi est comparable au Nouvel An. Les hostilités, les règles quotidiennes et les oppositions entre les genres cessent d’exister : “C’est peut-être le seul jour où les hommes et les femmes peuvent toucher des étrangers, via le medium des couleurs.”

D’une région à l’autre, la Holi revêt différents visages. Symbole du retour des beaux jours, elle est très importante dans le nord, où l’hiver est bien plus rigoureux que dans le sud. Celle du campus de la Jawaharlal Nehru University à Delhi a beaucoup marqué Floriane : “Des centaines d’étudiants se retrouvent. Des tonnes de poudres sont lancées, des litres d’eau colorées vous tombent dessus, accompagnés de musique enflammée et de grandes rasades de Bhang Lassi, une boisson typique à base cannabis… On disparaît peu à peu derrière des couches et des couches de couleurs.”

“C’est un événement où tout le monde est bienvenu, quelle que soit sa confession ou sa caste.” – Virender, 33 ans

"le flashy vous va bien au teint"
"voir la vie en rose"

LA COLOR RUN : BON OU MAUVAIS REMAKE ?

Depuis 2012, les color runs fleurissent en Occident. De la Holi, elles ont gardé les couleurs – bien qu’ils ne s’agisse pas de pigments purs, mais de fécules de maïs teintées – et la dynamique positive. Le 1er octobre, la Colore Caen réunira près de 5000 runners. Vincent Eudier, l’un de ses organisateurs, présente cette première édition comme le rendez-vous “fun” de la rentrée : “C’est un prétexte pour courir, faire la fête et donner le sourire aux participants.” L’originalité de la course repose sur son parcours en centre-ville qui valorise le patrimoine architectural et culturel caennais.

Selon Floriane, les color runs semblent dénuées de portée symbolique : “On s’inspire d’une tradition ancienne, lointaine et photogénique, pour lancer un événement ‘neuf’ à domicile. Les bhangs et repas de fête sont remplacés par 5 km de course et un DJ set. L’aspect marketing d’un rapprochement entre ces color runs et la Holi fait peu de doute. Demeure néanmoins l’idée d’un rassemblement ‘joyeux’ avec ses amis et ses voisins.” Vincent Eudier insiste sur cette convivialité, qu’il estime salutaire aujourd’hui : “On a besoin de grands moments populaires pour s’amuser, casser les codes et vivre mieux en société.”

Alors se sent-on trahi, volé, quand une culture emprunte une particularité de notre culture ? Devika regrette que les sites des color runs fassent peu voire pas mention de la Holi, mais apprécie la démarche : “Les organisateurs ont utilisé son concept pour motiver les gens à courir, ce qui est une super façon d’inciter à participer aux marathons.” D’après Virender, pas étonnant qu’on s’en soit inspiré car on aurait tous besoin de “vibrations colorées”. Il propose d’ailleurs d’aller plus loin encore dans le multiculturalisme : “On pourrait distribuer des flyers sur la Holi pendant les courses. Au-delà des gens, on connecterait les cultures.”

"Le 1er octobre, la Holi s'invite à Caen"

“On a besoin de grands moments populaires pour s’amuser, casser les codes et vivre mieux en société.” – Vincent Eudier , organisateur de la Colore Caen

Technologie & Running, une histoire d’amour grandissante.

Les progrès techniques ont profondément modifié la façon dont nous courons.
Au fil des décennies, le survêt’ a laissé place à des maillots techniques multi-respirants et les vieilles tennis ont été remplacées par des baskets utra stables à retour d’énergie.
Mais plus loin encore que notre simple équipement, c’est notre expérience même de la course qui a été révolutionnée par les avancées de la technologie.
Pour s’en convaincre, allons faire un petit footing historique sur les autoroutes de l’information :

On nous a prêté un drone pour filmer nos runs, voici ce que l’on en a fait :

CHALLENGE RUNNINGHEROES.COM

Tentez de remporter un des 5 drones Parrot mis en jeu :

Go !

Pour en savoir plus sur la technologie FOLLOW ME :

– Et vous que filmeriez-vous avec ce drone ? –

On a demandé leur avis aux acteurs de notre vidéo :

J’irais le long des falaises du Cap Blanc Nez ou en Bretagne, toujours pour la playa.

Sinon filmer des morceaux de week-end avec des potes ou des matchs de foot. J’essaierais de m’améliorer dans certains sports (je trouve la qualité d’analyse de tes mouvements exceptionnelle vue d’en haut).

Quentin F.

Les runs à filmer sont plus des runs collectifs du type trail (bord de mer, plage, plaine, falaise….) avec un espace aérien dégagé pour laisser l’application faire tout le boulot.

Et pour les clubs amateurs, la hauteur aide à avoir une meilleure vision globale de la stratégie de l’équipe adverse (très utile pour l’analyse vidéo d’après match).

Aurélien S.

J’utiliserais ce drone pour du fractionné ; principalement, cela permet de corriger certains défauts et d’améliorer sa course !

Et l’utiliser pour des courses entre copains, sur la plage, en montagne… cela permettrait de garder de super images de nos exploits sportifs.

Gregory O.

Un run important comme un semi auquel je participerais avec mes potes pour avoir un bon souvenir.
Je l’utiliserais sinon pour filmer mes vacances en Asie pour avoir de superbes vues.

Marianne L.

Au cours des dix dernières années, nos habitudes de course à pied n’ont cessé d’évoluer, faisant d’un sport solitaire et simple une pratique profondément sociale et hautement technologique, régulièrement remodelée par l’apparition de nouveaux systèmes, qu’il s’agisse du walkman, de la montre gps, du live-tracking ou du drone.
Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je dois aller faire dix kilomètres pour recharger les batteries d’un robot T800.

Blessure : tu sais que tu es blessé quand

Parce que la vie est une garce, tous les coureurs sont égaux face au grand égalisateur : la blessure. De l’ampoule à l’essuie-glace en passant par l’entorse de la cheville, sans parler adducteurs ou pubalgie, nul n’est épargné. 

… tu découvres la douleur.

… tu sais que la pharmacienne en bas de chez toi s’appelle Élisa.

… tu calcules chaque trajet en fonction du trajet à pied,

… on te laisse une place dans les transports en commun.

… tu regardes les photos des copains coureurs avec envie.

… tu cherches un bon kiné, plutôt pas mal de préférence.

… en attendant, tu regardes tutos Youtube sur les straps.

… tu te dis que ca passe vite, trois semaines.

… en fait c’est trop long.

… alors tu recours au bout de deux.

… tu en reprends pour trois semaines.

… tu as regardé tes symptômes sur Doctissimo. Lupus donc, ou cancer.

… tu dors dans des positions bizarres.

… tu achètes beaucoup de petits pois surgelés.

… tu fais des cataplasmes qui ressemble plus à une salade.

… tu te ruines en élasto.

… d’ailleurs, tu connais tous les formats.

… et tu as un petit pincement quand on te donne un « équivalent ».

… tu sais que c’est à cause des chaussures.

… de fait, tu fais des économies en chaussures.

… tu es persuadé de faire du gras.

… tout le monde te demande comment tu as fait. Tu gardes pour toi ce rock endiablé à 3h du mat.

… tu as un peu honte d’avoir le dos bloqué. C’est complètement invisible comme blessure.

… tu t’essayes à d’autres disciplines pour garder la forme malgré tout. Pas si mal l’aqua-poney.

… tu fais moins de machines que d’ordinaire.

… tu en profites pour rattraper ton retard en série.

… tu te rappelles que tu as d’autres potes. Ou pas d’ailleurs.

… tu manges pour compenser.

… tu vois tes segments t’échapper un à un.

… tu enrages de ne pas pouvoir participer aux challenges du moment sur Running Heroes.

… tu essayes de revendre ton dossard à la dernière minute.

… tes pieds sont redevenus tout doux.

… tu te sens coupable au moment de l’apéro post-run. Toi, tu n’es pas tout dégoulinant.

… tu les détestes même un peu, eux, les valides.

… tu découvres les vertus de la patience.

… chacun y va de son expérience personnelle. « Ouais moi la malléole j’ai déjà fait, c’est hyper douloureux ». Bah ouais morray.

… tu rêves de Capbreton mais tu te retrouves en rééduc avec Didier dans une ZAE.

… tu te dis qu’en fin de compte, ca pourrait être pire.

… tu ne penses qu’à recourir.

Auteur : Charles Alf Lafon