Les victoires inattendues du running

Il y a des courses que l’on n’oublie pas. Pour leur histoire, pour les stars qui y prennent part et parfois également, pour les scénarios rocambolesques dont elles sont le théâtre. Parce que la chance, elle se provoque, éventail des victoires inattendues du running.

La fable de Prefontaine

Sur les terres de l’Oregon, temple de Steve Prefontaine, le Français Tanguy Pepiot s’est rendu célèbre en 2015 pour ce qui fait tout le charme de l’Hexagone : l’arrogance. Lors des championnats universitaires dont il représentait l’équipe locale, Pepiot se dirige droit vers une victoire en 3000m steeple. La foule l’encourage, il se voit dans l’écran géant : c’est son moment. Il scrute ses supporters, lève les bras pour leur dire « je ne vous entends pas », relâche sa foulée à quelques mètres de la ligne et… zou, la première place lui file sous le nez. Pendant que Pépiot faisait le beau, Meron Simon de l’université de Washington a compris que son futur dauphin ne l’avait pas vu derrière lui et en a profité pour reprendre les mètres qui l’en séparaient. Un dixième de lie les deux hommes. Après coup, le tricolore avouera que « ce n’était pas très intelligent » et qu’il en avait « tiré une belle leçon ».

Plus ils sont de fous, plus on crie

Dans un marathon, le duel au sprint est déjà une folie en soi. En 2018, le marathon de Dubaï fête sa majorité et, chaleur locale oblige, le départ est donné sur les coups de six heures du matin. Il faut attendre le 25e kilomètre pour voir s’installer les bases du dénouement. Parmi la dizaine d’hommes de tête, six Éthiopiens -Lemma, Tola, Gebresilase, Legese, Mengstu et Geremew- ne se quitteront plus jusqu’à la fin. Si les trois premiers cités lancent le sprint dès le kilomètre 41, c’est bien Geremew qui va remonter le trio, poussant le commentateur britannique à dire ce que tout le monde a suspendu aux lèvres : « C’est incroyable, ils sont tous côte à côte » à 200 mètres de l’arrivée. Sauf que la caméra écrase la distance et Geremew est en fait cinq mètres devant les autres. Jusqu’au bout, l’Ethiopien gardera son avance pour plier la course en 2h04’00’’. Dubaï signe un finish haletant en même temps qu’un record : c’est la première fois que sept hommes terminent sous les 2h05 dans une même course.

Ne pas vendre la peau de Guei avant de l’avoir coursée

On clique, on écoute Patrick Montel et on rigole. Pas pour se moquer mais parce que lorsqu’on écoute le commentateur de France Télévision sur ce relais 4x400m féminin des championnats d’Europe d’athlétisme 2014, on se dit que la tête du monsieur est parfois l’hôte d’un duel entre deux personnalités diamétralement opposées. Son « alors peut-être » est devenu mythique mais le meilleur reste dans les « encore » de Stéphane Diagana, qui jouit pour tout un peuple. En 49 secondes et 7 dixièmes, Floria Gueï fait l’amour à la Russie, à l’Ukraine et au Royaume-Uni mais c’est la France entière qui atteint le nirvana.

On sait que vous avez tous réagi comme ça

« Il ne sait pas quoi faire mais il y va ! »

En 2010, sur la côte ouest des États-Unis, Chris Solinsky marque de son empreinte l’histoire de l’athlétisme et, par la même, fait vivre au Patrick Montel d’outre-Atlantique un moment d’anthologie. Du haut de son mètre quatre-vingt cinq et de ses 74 kilos, le demi-fondeur arbore ses chaussettes hautes au milieu de trois adversaires. Mais le cow-boy se sent pousser des ailes et met en alerte les commentateurs : « Il n’a jamais été dans cette position, il ne sait pas quoi faire… Mais il y va ! ». Tac, à coup de grandes enjambées, le géant américain -qui rend 10 kilos à tous ses concurrents- part en solo. Sa victoire au 10 000m est assurée mais ce qui rend fou la totalité des athlètes et supporters présents au stade, c’est le possible record après lequel court Solinsky. « Il devrait finir en 27’05 » s’excite le commentateur avant de voir le héros de la piste accélérer de nouveau. À l’entrée des cent derniers mètres, la fureur américaine prend le dessus : Chris Solinsky arrête le compteur à 26’59s60’’. Les bras en V, l’athlète devient le premier non-africain à briser les 27 minutes au 10 000m, le tout sous une pluie de « Oh my God » tous plus perchés les uns que les autres.

À y réfléchir, Gueï, Simon, Geremew et Solinsky, aussi beaux vainqueurs soient-ils, ont simplement tenté leur chance -l’adage dit d’ailleurs que 100% de tous les vainqueurs ont tenté leur chance- alors pourquoi ne pas s’en inspirer, nous autres amateurs, pour bousculer notre quotidien de runner. Et à ceux qui cherchent encore un coup de pouce pour se motiver, voilà un challenge.


Par : Carl Bannaud


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