Les bonnes questions à se poser avant un marathon

Faire un marathon, c’est la promesse de 42,195 kilomètres d’effort alors il vaut mieux savoir où l’on met les pieds. Christelle Daunay, recordwoman de France sur la distance, nous éclaire et pose les bonnes questions à avoir en tête avant de se lancer.

Vouloir faire plus de quarante kilomètres en courant n’est pas une décision à prendre à la légère. Parlez-en à Philippidès qui paya de sa vie l’inauguration de la distance reine, il y a plus de 2500 ans. Motivation, entraînement, cailloux, Christelle Daunay donne quelques clés avant de se lancer. La recordwoman française sur marathon (2h24m22s établi à Paris en 2010), à quelques semaines de donner naissance à son premier enfant, suit actuellement une formation DESJEPS pour devenir coach.

Est-ce qu’on peut partir de rien ?

Bien sûr, on est tous partis de rien ! Mais il faut savoir où l’on va et ce qu’on fait. Même les gens qui ont l’habitude de courir doivent s’adapter à la distance. 42 kilomètres, ce n’est pas rien. Il faut être capable de courir plusieurs heures de suite. D’autres sports permettent d’habituer son corps à un exercice d’endurance, la natation, le vélo, l’aérobie, par exemple. Quand on débute, il faut savoir être patient et se satisfaire de chaque petit gain, que ce soit en terme de temps ou de sensation, pour trouver l’envie de continuer.

Pourquoi se lance-t-on?

La motivation est une des choses les plus importantes quand on décide de faire un marathon. Il faut vraiment se poser la question : savoir pourquoi on le fait. Souvent, c’est un défi. On se dit qu’on va avoir 30 ou 40 ans et qu’il est temps de réaliser quelque chose de difficile. Ou alors, on veut suivre quelqu’un qu’on connaît, un ami, son conjoint… Il ne faut jamais perdre de vue les raisons qui nous poussent dans le marathon.

Faut-il se fixer un objectif précis ?

Il faut débuter avec une seule ambition : terminer. Sans l’expérience de la course, on ne peut pas se rendre compte de ce que représentent les 42,195 kilomètres d’un marathon. Mais je recommande évidemment d’avoir un objectif « réalisable », quelque chose qu’on définit au cours de la préparation. On avance petit à petit et on voit ce que ça donne. Dans la course comme dans la vie, c’est l’objectif, le but, qui nous fait avancer. Mais encore une fois, il ne faut pas se surévaluer, sinon on court à la déception.

Ça vaut le coup d’adapter son alimentation ?

C’est une bonne question, surtout en cette période de fêtes* et où l’on commence à préparer les marathons du printemps. Je conseille de ne pas faire de régime, qui risque de chambouler le fonctionnement interne du corps et donc de l’affaiblir avant la course. Il vaut mieux rééquilibrer son alimentation et faire attention aux abus, éviter l’alcool bien sûr et les aliments trop gras. Il faut garder une notion de plaisir, c’est crucial !

Faut-il vraiment avoir un plan d’entraînement ?

Bien sûr ! Le plus important est la notion de progressivité pour arriver à son pic de forme pour le marathon. Comme pour tout projet, c’est le jour J le plus important. A l’entraînement, il ne faut pas débuter trop vite, se forcer, sinon on risque d’être fatigué avant le marathon. Le plan d’entraînement permet d’apprendre à se connaître. Quand on est novice, il ne faut pas hésiter à être accompagné. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de secret : il faut faire du kilométrage.

On s’entraîne combien de mois avant ?

Ça dépend de son état de forme. On parle souvent de trois mois, mais si on part de rien, ça va être très court. A contrario, quand on est habitué à courir, on peut s’y lancer un peu plus tard. Dans tous les cas, plus on s’y prend tôt, mieux c’est.

Marcher, ça s’assume?

Je suis assez partagée sur la question. Bien sûr qu’on peut accepter de marcher si on n’a pas d’autre solution. Il vaut mieux finir en marchant et atteindre son objectif qu’abandonner, parce que ça voudrait dire qu’on a échoué. Une décision qu’on peut regretter plus tard. Marcher signifie qu’on s’est trompé pendant la planification de l’entraînement, c’est déjà un échec en soi. Et puis quand on commence à marcher, c’est difficile de reprendre la course ensuite…

Connaître le coin, c’est un plus ?

Pour un premier marathon, autant choisir une course en France, ou du moins pas loin de chez soi. On a ses habitudes, on stresse moins à cause du voyage, il n’y a pas de décalage horaire… Par exemple, le marathon de Paris a un parcours très correct pour débuter.

Mieux à plusieurs ?

Le groupe est important pour la motivation. Surtout à l’entraînement. Il nous permet de recharger les batteries quand on se sent moins bien. Mais chacun doit connaître son niveau. Ça ne vaut pas le coup de vouloir à tout prix suivre un ami qui va plus vite que soit. On risque de s’épuiser et on sort de ses standards. L’inverse est vrai également. Mais il ne faut pas oublier que le marathon est un exercice essentiellement solitaire, alors je conseille de faire quelques séances d’entraînements seul pour y être habitué.

Quand est-ce que le mental prend le dessus sur le physique ?

30, 35ème kilomètre… Il faut que ce soit le plus tard possible. Jusqu’à mi-course, il faut être bien, ça permet de se projeter sur la suite avec plus de facilité. Une fois que ce moment est arrivé, il faut être capable de conserver sa motivation, se fixer des petits objectifs et ôter tous les aspects négatifs.

Enlever le caillou de sa chaussure ou souffrir pour ne pas perdre de temps ?

Il ne faut pas hésiter une seconde, il faut l’ôter ! Perdre une minute à enlever puis remettre sa chaussure n’est rien en comparaison des bénéfices pour la suite de la course. On risque de se focaliser là-dessus, on se déconcentre, on modifie sa foulée. Un marathon ne devrait jamais tourner autour d’un caillou dans la chaussure.

(*entretien réalisé peu après les copieux repas de Noël, du réveillon et de l’Epiphanie.)

Propos recueillis par : Jean-Romain Blanc

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