Comment finir fort

Savoir terminer une course sur une accélération progressive est un art. Un art qui se travaille beaucoup à l’entraînement.

Qu’importe le départ. La tortue le sait bien, en course à pied, il n’y a que la fin qui compte. Tous les coureurs sont passés par cette frustration de se retrouver en fin de course avec le souffle court et les jambes raides. Le surrégime n’est pas forcément en cause, juste la fatigue et les muscles émoussés. Pour performer, il faut pourtant apprendre à finir fort, à trouver les ressources mentales et physiques pour conclure sa course à fond. Mais tout cela passe par l’entraînement, comme l’explique Patrice Binelli, entraîneur au niveau national et membre de la DTN de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA).

Pourquoi ?

« Terminer fort une course, c’est le meilleur moyen de réaliser une bonne performance ou d’aller chercher une bonne place. On l’a vu lors du record du monde sur marathon obtenu cette année à Berlin (Eliud Kipchoge, en 2h01m et 39 secondes. Il avait fait un deuxième semi plus rapide que le premier). Le secret, c’est d’avoir un bon fond de course. Aller vite tout le temps puis savoir accélérer à l’approche de la fin. Il faut garder un équilibre, c’est ce qui est le plus compliqué. » La logique est imparable : aller vite tout le temps puis encore plus vite, être toujours à fond, est le meilleur moyen de performer. « Terminer vite permet aussi de décrocher ses adversaires en fin de course. Il vaut mieux être un athlète qui va un peu moins vite mais qui a cette capacité à accélérer à la fin ».

Un atout mental

« Savoir mettre le coup d’accélérateur au bon moment est une vraie force, qui peut booster le moral, même si ça ne fait pas tout. Il est toujours préférable de doubler que d’être doublé. Et viser un bon chrono est une meilleure motivation que de chercher à en défendre un coûte que coûte ».

Un apprentissage

« En quelques mots, finir fort est un apprentissage. C’est une capacité que l’on acquiert après avoir répété des gammes et des gammes à l’entraînement. Il faut avoir habitué son corps à cette accélération progressive en fin de course. A l’inverse, si on s’entraîne au train, le corps va l’enregistrer aussi. Mais attention, il ne faut pas isoler cette capacité de l’entraînement général. Il vient en plus du reste. Il faut finir vite, en étant à un niveau de performance élevé et homogène tout au long de la course. On le voit, les athlètes de haut niveau réalisent des séances d’entraînement en variant les vitesses. »

Garder la technique

« On le voit particulièrement sur 100 mètres, où chaque foulée est analysée, mais la technique de course est indissociable d’une bonne performance, et d’une bonne sensation pour le coureur. Sans une bonne technique, on ne peut pas aller loin. Chacun peut disposer d’une méthode personnelle mais il faut la travailler. Finir fort est aussi une question de technique. Ce n’est pas parce qu’on vise un chrono qu’il faut courir comme un dératé et perdre sa fluidité. Ce sera toujours au détriment de la performance finale. Le corps s’habitude aux processus biomécaniques mis en place à l’entraînement, il faut savoir les conserver même dans l’effort, mais lors d’une accélération. »

Ce qu’il faut éviter

« Si on ne part pas sur le bon rythme, surtout si on part trop vite, on va le payer cash. Et il ne faut pas faire le calcul en se disant : “si je pars vite et que je faiblis, ça revient au même que de partir lentement et d’accélérer “. Le temps qu’on perd à la fin est plus important que celui qu’on gagnerait hypothétiquement au début. Il faut se connaître pour trouver le bon tempo dans la course. Quitte à sous-évaluer son niveau. Il vaut mieux partir en sous-régime et progresser que l’inverse. Il faut apprendre à garder une petite réserve et quand on détermine qu’on peut aller au bout, on accélère jusqu’à son niveau maximum ! Souvent les coureurs qui manquent d’expérience n’ont pas ce recul-là et se brûlent trop tôt dans la course. »

Eviter le sous-régime et les phases de yo-yo

« Entamer “lentement“ une course pour la terminer à fond n’est pas une bonne méthode quand on est en quête de performance. C’est pour ça que terminer fort ne veut rien dire dans l’absolu. Il faut être à un rythme élevé et savoir encore accélérer. Idem pour les phases de yo-yo. Démarrer fort, sentir qu’on faiblit, ralentir, puis réaccélérer quand on est mieux est un schéma qui sera toujours au détriment de la course. »

Comment faire

« Le corps doit s’être habitué à ce changement de rythme. Ce peut être en variant les niveaux de vitesse à l’entraînement ou en finissant plus fort après un entraînement à un niveau homogène. On peut aussi imaginer des séquences de répétitions de 400 mètres lors desquelles on s’impose les deux derniers tours de terrain une vitesse plus élevée. »

Par : Jean-Romain Blanc

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